La désinformation n’est plus un simple problème de communication. Elle influence les comportements, fragilise la confiance dans les institutions et peut même coûter des vies. Ce phénomène est largement documenté par la recherche. Une étude publiée en 2018 dans la revue Science a montré que les fausses informations se propagent plus rapidement, plus loin et touchent davantage de personnes que les informations vérifiées sur les réseaux sociaux. Selon les chercheurs, les contenus trompeurs suscitent davantage de surprise et de réactions émotionnelles, ce qui favorise leur diffusion. Face à cette réalité, journalistes et scientifiques ont une responsabilité commune : produire, expliquer et diffuser une information fondée sur les preuves. C’est le principal message qui est ressorti du premier panel de la Journée du journalisme scientifique organisée par le Réseau des Journalistes Scientifiques d’Afrique Francophone (RJSAF) – Antenne Côte d’Ivoire.
À l’heure où les réseaux sociaux accélèrent la circulation de rumeurs sur la santé, le climat ou encore les nouvelles technologies, la science ne peut plus rester confinée dans les laboratoires. Encore faut-il qu’elle soit expliquée dans un langage accessible, contextualisée et relayée par des professionnels capables d’en restituer toute la complexité sans la déformer.
La science n’a d’impact que lorsqu’elle est comprise.
Pour Kossi Balao, Président du RJSAF, le faible intérêt du grand public pour la science constitue l’un des principaux défis. En ouvrant la rencontre, il a invité les participants à réfléchir à une réalité frappante : une conférence accueillant une célébrité attirerait probablement une foule immense, alors qu’un événement consacré à la science peine encore à susciter le même enthousiasme. Pourtant, rappelle-t-il, la science influence directement notre quotidien. Elle permet de comprendre les maladies, les changements climatiques, l’agriculture, les technologies ou encore les crises environnementales.
Selon lui, ce manque d’intérêt traduit surtout un déficit de vulgarisation. « La science ne doit pas rester confinée dans les laboratoires ou dans les publications spécialisées. Elle doit être expliquée, démocratisée et rendue compréhensible pour chaque citoyen. »
Cette conviction est d’ailleurs à l’origine de la création du RJSAF en 2019, à la suite de la Conférence mondiale des journalistes scientifiques organisée en Suisse. Sur près de 1 200 participants issus de 83 pays, seuls quelques journalistes représentaient l’Afrique francophone.
Pour Kossi, cette sous-représentation révélait un problème plus profond : l’absence d’un réseau structuré capable de rapprocher chercheurs, journalistes et citoyens.
Depuis sa création, le RJSAF s’est fixé plusieurs missions : promouvoir un journalisme scientifique de qualité, valoriser les travaux des chercheurs africains, offrir davantage de visibilité à la recherche produite sur le continent et former une nouvelle génération de journalistes spécialisés.
C’est dans cette dynamique qu’ASCA prépare la deuxième édition de la Science Journalism Academy (SJA), un programme qui vise à former et accompagner de jeunes journalistes aux enjeux du journalisme scientifique. En favorisant le dialogue entre chercheurs et professionnels des médias dès le début de leur parcours, cette initiative entend contribuer à l’émergence d’une nouvelle génération de journalistes scientifiques capables d’informer avec rigueur et de renforcer la confiance du public dans l’information scientifique. Le rapport de la première édition est disponible ici.
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Parce qu’au fond, une science qui ne circule pas… ne transforme