Face à la désinformation, journalistes et scientifiques appelés à bâtir une alliance de confiance (2ème partie)

Face à la désinformation, journalistes et scientifiques appelés à bâtir une alliance de confiance (2ème partie)

Vulgariser sans déformer : un défi partagé

Rendre la science accessible ne signifie pas simplifier à l’excès.

Au cours du panel, plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité de préserver la rigueur scientifique tout en adaptant les contenus aux différents publics.

Caroline Coulibaly a présenté plusieurs initiatives visant à rapprocher la science de la société : Jeux pédagogiques, débats participatifs, capsules vidéo courtes, rencontres conviviales comme les Maquis des sciences. Autant de formats qui permettent de créer un dialogue direct entre chercheurs, journalistes et citoyens. L’objectif est de sortir la science des cercles académiques pour l’amener là où se trouvent les populations.

Selon elle, les réseaux sociaux offrent également de nouvelles opportunités de diffusion. Des vidéos de quelques minutes peuvent aujourd’hui mettre en lumière des recherches sur la maladie du sommeil, l’agroécologie ou encore la santé des sols, tout en suscitant l’intérêt d’un public parfois éloigné des publications scientifiques classiques.

Cette diversification des formats apparaît comme une réponse essentielle à la désinformation : une information scientifique fiable doit être non seulement exacte, mais aussi visible, compréhensible et engageante.

Le temps des médias n’est pas celui de la recherche

L’un des échanges les plus marquants du panel a porté sur une tension bien connue : celle qui oppose l’urgence médiatique au temps de la recherche scientifique.

Interpellé sur cette question, Professeur Mathurin Koffi, enseignant-chercheur à l’Université Jean Lorougnon Guédé de Daloa a rappelé qu’un scientifique ne peut annoncer que des résultats validés. Une recherche suit une méthodologie rigoureuse, passe par des évaluations réalisées par des pairs et ne peut être présentée comme une vérité avant la fin de ce processus. Autrement dit, le silence d’un chercheur face à une question d’actualité ne traduit pas un manque de transparence, mais le respect des exigences scientifiques.

La pandémie de Covid-19 en a fourni une illustration concrète. Alors que de nombreuses rumeurs circulaient sur les réseaux sociaux concernant des traitements supposés miraculeux, les chercheurs poursuivaient leurs travaux selon les protocoles scientifiques établis. Les réponses définitives n’ont pu être apportées qu’après validation des études et développement des vaccins. Cette situation a conduit l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) à parler d’« infodémie », un terme désignant une surabondance d’informations, vraies comme fausses, qui rend difficile pour les citoyens l’accès à des informations fiables au moment où ils en ont le plus besoin.

Cette différence de temporalité oblige les journalistes à faire preuve de prudence. Informer rapidement ne doit jamais conduire à diffuser des hypothèses comme des certitudes.

C’est dans cette dynamique qu’ASCA prépare la deuxième édition de la Science Journalism Academy (SJA), un programme qui vise à former et accompagner de jeunes journalistes aux enjeux du journalisme scientifique. En favorisant le dialogue entre chercheurs et professionnels des médias dès le début de leur parcours, cette initiative entend contribuer à l’émergence d’une nouvelle génération de journalistes scientifiques capables d’informer avec rigueur et de renforcer la confiance du public dans l’information scientifique. Le rapport de la première édition est disponible ici.

Souhaitez-vous être un.e partenaire de la prochaine édition de la Science Journalism Academy ? Contactez-nous ici info@asca.africa »

Parce qu’au fond, une science qui ne circule pas… ne transforme pas.

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