Un récipient en plastique – bouteille, sachet, seau, sac ou emballage — peut être utilisé pendant quelques minutes, quelques heures ou quelques jours mais mettra beaucoup plus de temps à se détériorer. Le temps de détérioration d’un plastique varie entre 100 et 1 000 ans. Ce décalage entre durée d’usage et de détérioration peut conduire à dégrader l’environnement. C’est le cas de la ville d’Abidjan en Côte d’Ivoire où selon une étude réalisée en 2024 sur le mode de gestion des sachets plastiques et la perception des ménages, il est indiqué que les déchets d’emballages plastiques représentent environ 30 % des ordures ménagères, contribuant à la détérioration de l’environnement urbain et du bien-être social et économique des populations. Les conséquences de la pollution plastique sont observées à quatre niveaux selon des auteurs d’une étude sur le plastique en Côte d’Ivoire. Au niveau environnemental, les systèmes de drainage obstrués provoquent des inondations qui inondent les routes et les maisons. Au niveau économique, les filets des pêcheurs se bouchent de déchets flottants, tandis que le poisson pêché dans les zones les plus contaminées ne peut plus être vendu sur les marchés. Au niveau socioculturel, les espaces récréatifs et les lieux de culte sont envahis par le plastique. Enfin, au niveau de la santé, les perturbateurs endocriniens présents dans les plastiques contaminent les poissons, le sol et, en fin de compte, les humains. Pourtant, un déchet plastique collecté, trié et correctement transformé peut devenir une ressource économique.
Quand « jeter » devient « réintroduire »
Dans l’économie linéaire, le modèle traditionnel de gestion des déchets consiste à extraire une matière première, fabriquer un produit, l’utiliser puis le jeter.
L’économie circulaire est un mode de production et de consommation qui consiste à faire durer les produits et les matériaux le plus longtemps possible, en les partageant, les réutilisant, les réparant, les rénovant ou les recyclant, afin d’éviter le gaspillage et de préserver leur valeur. Elle cherche une réutilisation des produits et déchets lorsque cela est possible. Pour les plastiques, cela peut passer par les étapes suivantes : réduction de leur consommation, réutilisation des produits lorsque cela est possible, collecte, tri et recyclage des déchets afin de créer de nouveaux produits.
Cette distinction est essentielle. Recycler n’est donc pas synonyme, à lui seul, d’économie circulaire.
Pour mettre en place une économie circulaire, plusieurs mécanismes peuvent être mobilisés : le réemploi, le recyclage mécanique, le recyclage chimique ou encore certaines voies biologiques. Nisha Singh et Tony R. Walker, chercheurs à la School for Resource and Environmental Studies de Dalhousie University au Canada, ont souligné dans une publication de 2024 consacrée au recyclage des plastiques, que le recyclage ne peut pas, à lui seul, résoudre la crise mondiale du plastique. Ils insistent sur la nécessité de réduire la production et la consommation, d’améliorer la conception des produits et de renforcer les infrastructures de collecte et de tri.
Ce faisant, la question n’est pas de savoir comment recycler davantage, mais comment éviter que la matière ou le produit ne sorte du circuit économique.
Trier pour donner de la valeur au plastique
Pour l’Association ivoirienne de valorisation des déchets plastiques (AIVDP), la réponse commence dans les ménages, les entreprises et les espaces publics.
Une bouteille, un seau ou une assiette en plastique mélangés à des déchets organiques perdent une partie de leur valeur pour les acteurs de la valorisation. À l’inverse, un flux de plastique correctement séparé peut être collecté, trié, lavé, séché et broyé avant de devenir une matière destinée à une nouvelle production.
La qualité du tri constitue ainsi un maillon déterminant de la chaîne.
Le tri n’est donc pas seulement un geste environnemental. Il conditionne aussi la possibilité de transformer un déchet en matière exploitable.
Une filière qui peut créer de la valeur et des emplois
Cette transformation ouvre une autre perspective : celle de l’économie.
Collecter les déchets nécessite des personnes. Les trier nécessite des compétences. Les laver, les broyer et les transformer nécessite des équipements et des entreprises. Et les matières obtenues doivent ensuite trouver des débouchés auprès d’autres industriels.
Pour Mamadou Touré, ancien président de l’Association des journalistes scientifiques de Côte d’Ivoire (AJSCI), « il faut davantage mettre en lumière cette dimension économique. Parler uniquement de déchets donne l’image d’une matière sans valeur. Parler de « ressource » permet de montrer toute une chaîne : entreprises, technologies, emplois et produits issus du recyclage. »
La Côte d’Ivoire produit plus de 460 000 tonnes de déchets plastiques par an, soit environ 1 100 tonnes par jour. Plus de la moitié de ces déchets échappent au système de collecte, tandis que moins de 5 % sont effectivement recyclés. La chaîne d’opération de recyclage des déchets plastiques comprend des acteurs travaillant à la collecte, au tri et à la transformation des déchets plastiques. Il y a aussi les récupérateurs informels des plastiques. Une étude publiée en 2024 dans la Revue Africaine des Sciences Sociales et de la Santé Publique, montre que cette activité constitue une réalité sociale et économique à Abidjan et mérite d’être davantage prise en compte dans les politiques de gestion des déchets.
La Côte d’Ivoire a d’ailleurs placé l’économie circulaire parmi les leviers de sa stratégie 2026-2030 contre la pollution plastique. Le ministre de l’Environnement et de la Transition écologique de Côte d’Ivoire, Abou Bamba, a annoncé le jeudi 6 août 2026, la construction prochaine d’une usine de valorisation des déchets plastiques dans la ville de Sikensi (environ 80 Km d’Abidjan). Elle doit contribuer à donner une seconde vie aux matières et à créer de nouvelles opportunités économiques.
Le recyclage oui mais réduire la production plastique aussi
Faire du plastique une ressource ne signifie pas que tout plastique peut être recyclé. Certaines propriétés peuvent limiter les possibilités de recyclage. Les chercheurs Singh et Walker invitent à accompagner le recyclage d’actions visant la réduction de la production et de la consommation des plastiques ainsi que l’amélioration de la conception des produits et des systèmes de collecte et de tri.
La véritable économie circulaire ne consiste donc pas simplement à récupérer des déchets. Il faut réussir à réintroduire la matière dans un nouveau cycle de production.
Une bouteille ou un sachet plastique jeté dans une rue puis simplement ramassé n’est donc pas encore une ressource. Elle le devient lorsque la chaîne de collecte, de tri, de transformation et de réutilisation permet effectivement de lui donner une nouvelle fonction.
En Côte d’Ivoire, l’enjeu est désormais de faire fonctionner cette chaîne à une échelle suffisamment importante. Derrière chaque déchet plastique se trouve potentiellement une matière, mais aussi une activité économique, une technologie et des emplois.
Passer du déchet à la ressource ne signifie donc pas simplement apprendre à mieux recycler. Cela signifie changer notre manière de produire, de consommer et de considérer ce que nous jetons.
Ambroise Kouassi
Références
1.Christine Adjo KOMOE, Kôkôh Rose EFFEBI, N’guessan Martial KANGA, Hermann Assémien KROU et Kouadio Jacques Edouard YAO, Mode de gestion des sachets plastiques et perception des ménages dans la ville d’Abidjan, Côte d’Ivoire, Afrique SCIENCE 24(6) (2024) 57 – 73 ISSN 1813-548X, http://www.afriquescience.net
2.Patrice Guillotreau, Souleymane Sadio Diallo, Yazid Dissou, Sabine Garabedian, Allassane Ouattara, Silvain Payet, Philippe Cecchi, Assessing plastic uses and waste through an environmentally extended SAM-based and structural path analysis: The case of Côte d’Ivoire, Journal of Industrial Ecology, October 2025 https://lemag.ird.fr/en/plastic-ivory-coast-when-waste-floods-lagoon
3.Rosemonde Monique Joelle AKELY, Macquaire Yao ANGORAN, Anicet Kouman Kobénan KOUADIO, Célestin Yao AMANI, Caractéristiques socioculturelles des actrices de la récupération informelle des plastiques dans le district autonome d’Abidjan, Revue Africaine des Sciences Sociales et de la Santé Publique, Volume (6) N 1, ISSN : 1987-071X e-ISSN 1987-1023, Janvier – Juin 2024